1re Conférence de l'Action Mondiale des Peuples contre le "libre" échange et l'OMC
Secrétariat de la conférence : AMP c/o IAS, 5 Samuel Constant, CH - 1201 Genève, Suisse
Tél./fax + 41 22 344 47 31; e-mail: red-red@span.ch ou playfair@asta.rwth-aachen.de
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Bienvenu-e-s, ami-e-s du monde !
Ici, c'est Genève, le plus vieux centre financier du capitalisme. Ici repose l'or de Mobutu, Marcos, Papa Doc, des divers trafiquants d'armes et mafias, sans parler des multinationales "ordinaires". Mais Genève a aussi toujours été une ville des idées et des réfugiés, comme Rousseau, Voltaire, Lénine... Cette ville est souvent considérée comme une ville froide, inhospitalière. Mais même ici, dans l'une des villes les plus riches du monde, vivent aussi des gens ordinaires, des gens qui se battent sous une forme ou une autre pour un monde meilleur. Beaucoup de gens divers qui ont répondu à l'appel de l'AMP, et qui vont vous recevoir le plus agréablement possible. Les syndicats ont offert leurs bureaux, leurs équipements et des lieux de rencontre. Les squatters ont fait de la place dans les maisons occupées et dans le centre associatif d'Artamis. Le centre alternatif de l'Usine a prêté sa cuisine, les étudiants une pension associative. Environ 300 personnes ont offert des chambres chez eux. Le journal "Le Courrier" a édité un supplément de 16 pages sur la conférence. Les partis vert et de la gauche ont obtenu des salles et équipements gratuits de la municipalité, etc. Or, malgré nos efforts, nous savons qu'il y aura beaucoup de problèmes... S.V.P., excusez-nous ! Et merci d'être venus. Votre présence ici nous donnera à tous énergie et courage.
1. Un rejet très clair de l'OMC et des autres accords de libéralisation du commerce (tels que APEC, MAASTRICHT, ALENA, MERCOSUR, etc.), promoteurs d'une mondialisation aussi destructrice du point de vue social que de celui de l'environnement.
2. Une attitude de confrontation (c-à-d une opposition fondamentale au système commercial mondial) car nous ne croyons pas que le "lobbying" puisse avoir une influence majeure sur des organisations aussi profondément antidémocratiques et partiales, dans lesquelles le capital transnational détermine de fait à lui seul la politique poursuivie.
3. Un appel à la désobéissance civile non violente et à la construction d'autres solutions par les populations locales, pour répondre à l'action des gouvernements et des multinationales.
4. Une philosophie d'organisation basée sur la décentralisation et l'autonomie.
Programme général (18 février - 10 mars)
Programme détaillé de la conférence (23-25 février)
Lundi 23 - Manifeste
9.00 - 10.00 Plénière: Accueil et présentation
10.00 - 13.00 Travaux en petits groupes à
thèmes (1) sur le manifeste
13.00 - 14.30 Déjeuner
14.30 - 18.30 Travaux en petits groupes à
thèmes sur le manifeste
18.30 - 20.00 Dîner
20.00 Programme culturel. Meeting parallèle du Comité de pilotage et des groupes d'information sur le manifeste
(1) Groupes à thèmes: a)paysans, b)peuples indigènes; c)syndicats; d)femmes; e)jeunesse; f)chômeurs; g)migrants; h)environnement; i)logement; j)culture; k)santé; l)étudiants
La journée de lundi sera consacrée à la discussion sur le manifeste (la base idéologique et programmatique de l'AMP). La version finale du manifeste sera prête mardi matin, le but étant de l'envoyer par courrier électronique (et fax pour les cas exceptionnels) aux organisations qui n'ont pas pu être présentes à la conférence (et aussi aux bureaux de certaines organisations présentes à la conférence), de manière à qu'elles puissent le signer avant l'après-midi du 25.
La conférence commencera par une séance plénière de bienvenue. Ensuite, les participants se sépareront en groupes à thèmes pour discuter du projet du manifeste. (La liste des groupes à thèmes n'est que provisoire et peut être modifiée). Ces groupes continueront leur travail après déjeuner jusqu'à 18h30 max.; ils devraient alors avoir produit un document simple portant sur des améliorations pouvant être apportées au manifeste. Ces groupes ne disposeront pas d'assistance pour la traduction, qui prendra donc un temps assez long par la suite.
A 18h30, le Comité de pilotage rencontrera les groupes d'information et rédigera la version finale du manifeste, sur la base du projet initial et des améliorations proposées par les groupes à thèmes. Pendant que les membres du CC travaillent, le reste des délégués jouira d'un programme culturel reflétant la diversité culturelle représentée à la conférence. Tous les délégués sont priés de préparer de petites activités pour ce soir-là.
Mardi 24 - Coordination des actions
9.00-10.30 Plénière: présentation du manifeste
10.30 - 13.00 Travail en petits groupes à
thèmes sur les actions
13.00 - 14.30 Déjeuner
14.30 - 16.30 Travail en petits groupes régionaux (2) sur les actions
17.00 - 19.00 Forum 1
19.30 - 21.30 Forum 2
21.30 Dîner. Réunion du CC et des groupes d'information pour établir le nouveau CC et l'équipe de presse pour couvrir la Conférence ministérielle
(2) La division des groupes régionaux n'est pas encore faite, elle dépend du nombre de délégués du Sud présents à la conférence (lequel dépend à son tour des fonds que nous pourrons allouer aux voyages).
La journée de mardi débutera par une plénière dans laquelle la version définitive du manifeste sera présentée (déjà traduite). Puisque toutes les organisations présentes à la conférence conviennent par consensus des quatre points de départ de l'AMP, et que seules les propositions d'améliorations faites par des groupes à thèmes seront acceptées (et non celles des individus), le manifeste présenté mardi matin sera déjà un document issu du consensus, et sera approuvé par acclamation. Le manifeste sera prêt à être signé (par les organisations présentes et absentes) le mardi à 10h30.
Le reste de la journée sera consacré à trois objectifs:
(a) La coordination des actions de protestation pendant la Conférence ministérielle (18-20 mai). Cette coordination s'effectuera de manière décentralisée, en petits groupes de travail où les délégués présenteront leurs plans et idées, et discuteront des possibilités de coordination. Ces groupes se rencontreront à courts intervalles (2h - 2h30), leur objectif n'étant pas de discuter de plans détaillés, mais de faciliter le plus possible la quantité de contacts et d'échange, et de lancer des processus de coordination. La première session d'échanges aura lieu dans les groupes à thèmes, la seconde dans les groupes géographiques, et les deux dernières prendront place dans des groupes formés d'après des critères proposés par les participants. Par exemple, une organisation travaillant contre McDonalds peut proposer un groupe sur ce thème, une autre axée sur l'APEC peut faire de même, une troisième se battant contre les brevets sur la vie aussi, etc. Comme il y a deux tranches horaires dédiées à ces forums, nous espérons que les groupes de travail ne seront pas trop nombreux dans chacune d'elles.
(b) Nomination des candidats pour l'équipe de presse qui couvrira la Conférence ministérielle de l'OMC en mai. Pendant cette Conférence ministérielle, en plus du travail de presse décentralisé qui s'opérera dans le monde entier, il y aura une équipe de presse ad-hoc. Cette équipe transmettra constamment l'information, au nom de l'AMP, à la presse internationale accréditée pour la Conférence ministérielle à Genève, sur toutes les manifestations de protestation qui se dérouleront sur toute la planète. Cette équipe de presse devra être représentative du contenu du manifeste, et composition devra représenter équitablement tous les secteurs sociaux présents à notre conférence, toutes les régions du monde et l'équilibre des sexes. Le mécanisme qui sera utilisé pour choisir ce groupe sera le suivant: chaque groupe à thème et chaque groupe géographique nommera trois ou quatre personnes pour cette équipe, qui devraient avoir la même valeur aux yeux du groupe (étant donné qu'ils ne seront pas tous dans le groupe de presse). Mardi, après le dîner, le Comité de pilotage rencontrera les groupes d'information de manière à choisir, parmi les personnes proposées par les groupes, une équipe de presse qui réunisse les trois critères d'équilibre susmentionnés: thèmes, géographie et sexe.
(c) Nomination des candidats pour le nouveau comité de pilotage (qui convoquera la seconde conférence de l'AMP). Comme vous le verrez dans les principes d'organisation ci-dessous, il y aura des conférences de l'AMP tous les deux ans (même fréquence que les Conférences ministérielles de l'OMC), plus ou moins trois mois avant les Conférences ministérielles. Le comité de pilotage de la prochaine conférence sera élu à celle-ci. A cette fin, le même mécanisme que pour l'élection de l'équipe de presse sera utilisé, avec une exception: tandis que les groupes à thèmes et géographiques proposeront des personnes individuelles pour le groupe de presse (les capacités personnelles étant un des critères considérés), pour le prochain comité de pilotage (CC) il leur sera demandé de proposer des organisations. Les organisations qui composent l'actuel CC ne seront pas autorisées à joindre le prochain Comité.
Après le dîner, le Comité rencontrera les groupes d'information pour choisir les membres de l'équipe de presse et les organisations du nouveau comité de pilotage d'après les propositions avancées par les groupes. A cette fin, la majorité des candidats devra être éliminée de manière à obtenir un groupe de presse et un Comité relativement réduits, qui sont de toutes manières représentatifs et équilibrés. Il ne sera pas possible d'ajouter des noms aux listes avancées par les groupes. Puisqu'il sera demandé aux groupes de proposer des candidats et des organisations ayant la même valeur (c.à.d. sans classement), la sélection faite mardi soir devrait être acceptée par tous.
Mercredi 25 - Réseau d'information
9-10 Plénière: présentation du nouveau Comité et de l'équipe de presse
10-12.30 Discussion sur les réseaux de presse et d'information en groupes régionaux
12.30-13 Plénière de clôture
13-14.30 Déjeuner
Après-midi: manifestation publique
Soir: fête
La journée de mercredi commencera par une plénière dans laquelle le groupe de presse et le prochain Comité seront présentés. Ensuite, les participants se sépareront en groupes géographiques de manière à avancer dans la construction d'un réseau d'information international décentralisé. Ce réseau, outre le travail préparatoire de la couverture de la Conférence
ministérielle, restera en place après mai 98 de manière à donner la plus grande projection internationale du travail et des actions des mouvements populaires. Le réseau devrait assurer au moins les fonctions suivantes dans chaque région (voir aussi appendice 4):
- traduire le bulletin mensuel de l'AMP et les alertes d'actions urgentes au moins dans les principales langues de la région;
- distribuer le bulletin mensuel et les alertes d'actions urgentes par courrier normal à ceux qui n'ont pas accès au courrier électronique;
- donner accès à la banque de données sur le Web à ceux qui n'ont pas accès au WWW, pour qu'ils puissent trouver et envoyer de l'information;
- construire un large réseau de contacts fiables avec la presse alternative et officielle au niveau régional pour augmenter l'impact des journées mondiales d'action.
Comme vous pouvez le voir dans les appendices 3 et 4, il n'y aura de fonds centralisés pour aucune de ces tâches. Le travail de traduction devra être effectué sur une base de volontariat; la reproduction et l'expédition en courrier normal des bulletins et des informations de la banque de données seront aussi faits volontairement par les expéditeurs et payé par les destinataires. C'est pourquoi tous les participants devraient avoir une idée claire de la mesure dans laquelle eux et leurs organisations souhaitent s'engager pour accomplir une de ces tâches. Pas besoin de s'engager à long terme, traduire une ou deux éditions du bulletin est déjà une bonne contribution. Le but de la séance de 10h à 12h30 est d'aboutir à suffisamment d'engagements pour la traduction et la distribution dans chaque région de mars 1998 à mars 2000.
Il y aura une plénière de clôture juste avant le déjeuner, avec présentation des bases du réseau d'information et de presse. Dans l'après-midi il y aura une présentation, et le soir une grande fête.
Les tables rondes se dérouleront en deux parties: quatre jours d'échange d'informations et de discussions (du 18 au 21 fév.) et un jour de planification (26 fév.) fixés par la conférence de l'AMP qui établira un cadre général de coordination pour toutes les tables rondes. Elles auront lieu durant la journée de 9h00 à 18h00, mais en raison des traductions consécutives, en espagnol du moins, le temps réel disponible sera réduit de moitié. Chaque jour les tables rondes seront suivies par un programme culturel comprenant discussions, concerts et films.
Objectifs communs de toutes les tables rondes
Partie information et discussion (18-21 fév.):
Pour la planification (26 fév.)
Tables rondes:
Cette table ronde sera consacrée au rôle et au poids des lobbies industriels internationaux les plus importants, en insistant sur leur influence sur les programmes internationaux de commerce et de politique d'investissements. Les études de cas incluront le rôle de l'industrie dans le processus de négociation de l'AMI, l'influence de la Table ronde européenne des industriels (ERT) et des autres lobbies de l'industrie sur la construction du Marché unique et la configuration de l'infrastructure de l'UE, le rôle des industriels dans les négociations sur le climat, etc.
Cette table ronde sera animée par l'Observatoire Européen des Multinationales et par l'Action Mondiale des Peuples contre l'industrie pétrolière.
2. Représentation des sexes
Le but de cette table ronde est donner à tout le travail et aux documents de l'AMP une grande importance à la question des sexes en analysant le patriarcat et l'économie sous divers angles féministes (y compris la question de la diversité sexuelle), en renforçant le travail sur ce sujet dans des groupes mixtes par la création d'un espace spécifique à un niveau international et d'un réseau international d'information. Les sujets abordés iront de la violence à l'égard des femmes à la sécurité alimentaire en fonction des sexes. Cette table ronde est organisée par Play Fair Europe! Amsterdam (pfe@xs4all.nl).
3. Les peuples contre le marché mondial: stratégies de résistance et de changement
Cette table ronde analysera en termes d'efficacité et d'inconvénients les stratégies employées par les différents acteurs sociaux (en particulier les structures des grands syndicats et des ONG) pour contrer ou réduire les effets de la libéralisation du commerce et des investissements. Le principal objet du débat sera les propositions pour des clauses sociales et environnementales inclues dans les accords internationaux sur le commerce et les investissements (en particulier l'OMC et l'AMI), mais la discussion aura une portée plus large: la table ronde se propose de mettre en question l'efficacité des stratégies de lobbying dans le domaine des relations de commerce et d'investissements et de promouvoir le renforcement de la confrontation par action directe non-violente et de la désobéissance civile comme seules formes d'action capables de provoquer un changement de direction de l'économie mondiale avant qu'il ne soit trop tard.
Cette table ronde est organisée par des membres du comité d'accueil genevois et Play Fair Europe! Oviedo.
4. Culture, média et éducation. Domination et résistance.
Cette table ronde traitera des dimensions psychologiques et culturelles de la domination des multinationales. Plusieurs groupes seront engagés dans la préparation de ce programme qui sera plutôt flexible et orienté vers la discussion.
Cette table ronde est organisée par différents groupes à Genève.
Nous n'avons pas encore reçu d'informations concrètes sur cette table ronde. Cependant elle aura lieu, organisée par le mouvement paysan des Philippines (KMP).
Cette table ronde offrira un espace pour tous les représentants indigènes et autres délégués intéressés à leur situation pour échanger de l'information, approfondir leur relation et élaborer des stratégies pour le futur. Un thème spécial sera les effets des brevets sur le vivant sur les peuples indigènes et la révision des accords TRIP en 1999.
Cette table ronde est préparée par différentes organisations à Genève.
Objectifs des activités du soir:
Les activités du soir dureront deux heures environ, débat et traduction compris. Elles auront lieu du 18 au 21, comme les tables rondes, mais à d'autres heures. Il y aura à chaque fois plusieurs orateurs.
Thèmes prévus (des changements sont possibles):
Manifeste de l'Action Mondiale des Peuples contre le "libre" échange et l'OMC
(Texte provisoire qui sera discuté et amendé lors de la conférence de février 1998)
[Ce texte a été amendé depuis, voir version actuelle.]
Le capitalisme, en mûrissant, débouche inévitablement sur l'impérialisme. Telle fut la cause des deux guerres mondiales. Le capitalisme est obligé de se mondialiser à travers des machinations politiques et économiques, et - ce faisant - manifeste ses tares fatales.
Dans son sens actuel, la "mondialisation" signifie un réajustement supplémentaire de l'ordre économique international afin de prévenir la crise du capitalisme. Elle implique de démanteler davantage les barrières à la libre circulation du capital, pour lui permettre de chercher des bénéfices maximaux, alors même que les grandes puissances industrielles s'efforcent de protéger leurs marchés nationaux saturés.
Les conséquences pour les peuples du Sud et du Nord sont désastreuses: réduction salariale, réduction des services sociaux, précarité de l'emploi, disparition de la paysannerie, etc. En bref, la domination du capital international sur les économies - tant du Nord que du Sud - se voit renforcée, bloquant encore davantage la voie vers des économies autocentrées.
Le phénomène le plus récent et peut être le plus important de ce processus de mondialisation est l'apparition des traités de commerce, en tant qu'instruments clés de la libéralisation économique. L'Organisation Mondiale du Commerce, qui est l'organisation du système multilatéral du commerce, est devenue en fait le principal moyen du capital transnational pour organiser et imposer son contrôle sur l'économie mondiale.
Au niveau régional, les traités commerciaux prolifèrent aussi. L'ALENA (Accord de Libre Echange d'Amérique du Nord) est le prototype d'un traité régional incluant des pays du Nord et du Sud, un modèle qui pourrait s'étendre jusqu'en Amérique du Sud. L'APEC est un autre modèle incluant des pays tant du Nord que du Sud. L'Union européenne est bien entendu le principal exemple d'un traité régional entre des pays développés. Ont surgi aussi des accords régionaux de commerce entre des pays en développement tels que ASEAN, SADC et MERCOSUR.
Toutefois, l'OMC est de loin l'institution la plus importante pour le développement et l'application d'accords commerciaux. L'Uruguay Round a énormément élargi la sphère d'action du système multilatéral de commerce. Celui-ci ne régule plus seulement le commerce des produits manufacturés. Son champ d'action s'étend aussi aux produits agricoles, au commerce et aux investissements dans le secteur des services et, au-delà des questions commerciales, aux droits de propriété intellectuelle et à la régulation des investissements. De plus, les accords de l'OMC ont des effets très significatifs sur des questions situées hors de la sphère économique telles que l'accord sur les services et les accords spécifiques sur la communication et les technologies de l'information, lesquels auront des conséquences profondes sur la culture de tous les pays du monde.
Cet élargissement énorme du champ d'action des "traités commerciaux" effectué depuis l'Uruguay Round jusqu'aux négociations actuelles dans l'OMC a des conséquences majeures sur la définition de politiques économiques et sociales au niveau national, sur les options envisageables en matière de politique de développement, sur l'équité et la marginalisation, ainsi que la souveraineté nationale.
Comme si cela ne suffisait pas, les pays du Nord sont en train de promouvoir un nouveau thème de discussion et de négociation appelé "Accord Multilatéral sur les Investissements". L'objectif est un accord international qui donnerait aux investisseurs étrangers des droits dépassant de loin ceux dont ils jouissent actuellement dans la plupart des pays, et qui réduirait sévèrement les droits et pouvoirs
des gouvernements quant à la régulation de l'entrée, de l'établissement et des activités des entreprises étrangères. Cette initiative est actuellement le phénomène le plus important dans l'extension du processus de mondialisation et de libéralisation. Sa réalisation abolirait la capacité et le droit légitime et souverain des Etats et des peuples de déterminer leurs propres politiques économiques et sociales. Ce droit précieux est particulièrement important pour les pays en développement, qui doivent pouvoir protéger leurs secteurs nationaux (entreprises nationales, agriculture locale et secteurs publics) affaiblis par le colonialisme et ayant besoin de temps pour se renforcer.
Pour affaiblir davantage la capacité de production domestique des pays du Sud, les puissances corporatives du Nord insistent aussi pour réduire le droit des Etats de restreindre quantitativement l'importation de produits industriels.
L'impact total de toutes ces dispositions commerciales serait la marginalisation des producteurs traditionnels dans tous les pays en développement, ainsi que la création de marchés uniquement destinés aux élites, ce qui impliquerait l'extension de la pauvreté, de la famine, et de toutes leurs conséquences possibles telles que le travail des enfants, le travail asservi, la prostitution et d'autres conflits sociaux. Tout ceci pourrait déboucher sur l'extermination de millions de personnes dans les pays en développement.
Les effets de la libéralisation commerciale ne se limitent pas au Sud. Les pouvoirs corporatifs du Nord, attirés par une main d'œuvre bon marché, par des réglementations du travail et de l'environnement faibles — voire inexistantes — et par la possibilité de réaliser d'importants bénéfices tout en payant moins d'impôts, profitent de l'accroissement de la mobilité des biens et des services. De plus en plus, ils déplacent leurs capitaux et leurs activités vers les pays en voie de développement, et ceci aux dépens de l'emploi dans leurs pays d'origine, où le chômage atteint déjà des niveaux historiques à cause des technologies de "rationalisation". Les effets de ce processus sur le Nord sont multiples: démantèlement des services sociaux, disparition du pouvoir de négociation des travailleuses et des travailleurs, et subordination totale de la classe politique face à la volonté des industriels. La mondialisation de la misère concerne aussi les pays industrialisés.
Malgré les protestations sporadiques contre ce processus de la part des populations affectées et des groupes de citoyennes et de citoyens conscients, les pouvoirs corporatifs ne manifestent aucune intention d'y mettre fin. Il paraît impossible de modifier cette tendance, puisque même des gouvernements "démocratiquement" élus des pays du Sud et de la plupart des pays du Nord ont imposé ces politiques sans débat préalable avec leurs peuples ni avec leurs représentants parlementaires. La seule alternative qui reste aux peuples est simplement de détruire cette tendance inhérente les accords commerciaux.
Des prises de conscience et des oppositions à ces processus néfastes de la part de divers secteurs affectés peuvent être constatées de par le monde, mais il y a un besoin urgent de coordonner ces protestations dans une action concertée afin d'abattre ce nouveau désordre mondial.
Seule une alliance mondiale de mouvements populaires, capable de réaliser des alternatives sous la forme d'actions locales concrètes, pourra vaincre ce monstre mondialisé émergeant. L'appauvrissement des populations étant au programme du néolibéralisme, le renforcement du pouvoir populaire doit être le programme de cette alliance mondiale des actions des peuples.
Le contrôle et le pouvoir des peuples, tant sur la production que sur la consommation, doivent être rétablis. Les dégâts que le capitalisme cause à la nature doivent être arrêtés. Faire revivre les systèmes de connaissance et les technologies traditionnels, renforcer les systèmes de marchés locaux à travers le développement de coopératives et de relations directes entre producteurs et consommateurs et créer des relations similaires au niveau international: voilà
les seules alternatives logiques à la domination des peuples et de la nature par le capital transnational.
Puisque les gouvernements du monde entier se comportent comme les créatures et les instruments des pouvoirs capitalistes, la seule alternative pour les peuples est de restaurer eux-mêmes une démocratie directe. L'action démocratique directe représente ainsi la seule possibilité de mettre fin aux dégâts du capitalisme.
L'action démocratique porte en elle-même l'essence de la désobéissance civile non violente face à un système injuste. Elle comporte aussi l'élément essentiel de l'immédiateté.
La nouvelle alliance mondiale des mouvements populaires se manifestera en brisant le système injuste au moyen de l'action directe et du renforcement du pouvoir populaire. La désobéissance civile non-violente et l'action constructive, symbolisées respectivement par la prison et la pelle, seront les marques caractéristiques de cette alliance des peuples. Tel est l'appel de l'Action Mondiale des Peuples contre le "libre" échange et l'OMC.
Principes d'organisation de l'Action Mondiale des Peuples contre le "libre-échange" et l'OMC (AMP)
1. L'AMP est un instrument de coordination, non une organisation. Ses objectifs principaux sont:
(i) Inspirer au plus grand nombre possible de personnes et d'organisations l'action contre le "libre " échange par la désobéissance civile non-violente et par des actions constructives axées sur les peuples.
(ii) Offrir un instrument de coordination et d'appui mutuel au niveau mondial pour ceux qui luttent contre le "libre" échange et l'OMC.
(iii) Donner une projection internationale majeure aux luttes contre le "libre" échange et l'OMC.
2. La philosophie d'organisation de l'AMP est basée sur la décentralisation et l'autonomie. En conséquence, les structures centrales sont minimes.
3. L'AMP ne connaît pas le système des membres.
4. L'AMP n'a pas, ni n'aura une personnalité juridique. Elle ne sera pas légalisée ni enregistrée dans aucun pays. Aucune organisation ou personne ne représente l'AMP, et l'AMP ne représente aucune organisation ou personne.
5. Les conférences de l'AMP auront lieu approximativement tous les deux ans. Elles se dérouleront environ trois mois avant les Conférences ministérielles de l'OMC. Les fonctions de ces conférences seront:
(i) Actualiser le manifeste (si nécessaire)
(ii) Faire progresser le processus de coordination de la résistance contre le "libre" commerce au niveau mondial.
(iii) Coordonner des actions décentralisées parallèlement à la Conférence ministérielle de l'OMC.
6. Les conférences de l'AMP seront convoquées par un Comité de pilotage constitué d'organisations et de mouvements représentatifs. La composition de ce comité devra respecter un équilibre géographique et les domaines de travail des organisations et des mouvements qui le forment. Les organisateurs locaux feront partie du comité.
Ce comité remplira les fonctions suivantes:
(i) Déterminer le programme de la conférence.
(ii) Décider quelles organisations peuvent envoyer des délégués à la conférence.
(iii) Décider de l'utilisation des moyens financiers; spécialement, décider quelles organisations recevront une aide pour payer le voyage afin d'assister à la conférence.
(iv) Conseiller les organisateurs locaux pour des questions techniques et organisationnelles.
(v) Interpréter le manifeste s'il est nécessaire; décider quelles publications peuvent être imprimées sous le nom de l'AMP, et décider du contenu des instruments d'information de l'AMP (cf. 7).
Le comité ne peut pas parler au nom de l'AMP.
A chaque conférence de l'AMP aura lieu l'élection du Comité de pilotage de la suivante. La composition du Comité devra changer à 100% lors de chaque conférence. L'ancien comité de pilotage élira un petit groupe qui agira en tant que consultant du nouveau comité. Ce groupe de consultants n'aura aucun pouvoir de décision.
7.L'AMP devra avoir plusieurs instruments d'information, incluant un bulletin régulier, une page Web et d'autres publications, qui seront élaborées de manière volontaire par les organisations et personnes qui soutiennent les buts de l'AMP. Son élaboration s'effectuera de manière décentralisée et tournante. Avant que ces différents instruments d'information ne paraissent sous le nom de l'AMP, leurs contenus devront être révisés par le Comité de pilotage (y c. les modifications de la page Web). Le comité pourra effectuer la publication de ces instruments au nom de l'AMP sous condition de modification ou exclusion d'une partie de leur contenu, si celui-ci était en contradiction avec le manifeste de l'AMP.
8.L'AMP n'aura aucun moyen financier. Les fonds nécessaires pour l'organisation les conférences et les instruments d'information devront être obtenus de manière décentralisée. Tous les fonds qui seront obtenus pour les conférences devront être administrés par le Comité de pilotage. Les publications devront s'autofinancer. Le bulletin sera distribué par un réseau d'organisations qui sera aussi responsable de recueillir les contributions d'inscription. Tout bénéfice qui résulterait de ces inscriptions serait utilisé pour envoyer le bulletin aux organisations qui ne sont pas en mesure de payer l'inscription.
9.L'AMP a un secrétariat tournant, qui change chaque année. Chaque Comité de pilotage décidera du lieu des secrétariats durant les deux années de son mandat.
10. Les conférences de l'AMP n'incluront pas dans le programme la discussion de ces principes d'organisation. En cas de proposition concrète, il se formera un groupe de discussion sur ces questions d'organisation. Ce groupe de discussion se réunira de manière parallèle au programme de la conférence, afin d'élaborer les propositions concrètes de modification, qui seront votées en plénière.
11. L'AMP espère inspirer la création de différentes plates-formes (tant régionales que basées sur un sujet spécifique de travail) contre le "libre" échange et les différentes institutions qui l'appuient. Il n'y aura en aucun cas une relation d'appartenance entre ces plates-formes et l'AMP. Les plates-formes seront toutefois des compléments autonomes.
Bulletin, base de données et publications
Le bulletin AMP est le principal moyen d'échange d'information de l'Action Mondiale des Peuples. Seul est paru jusqu'à présent le numéro 0, car le bulletin commencera à fonctionner réellement après que l'AMP sera lancée lors de la première conférence. Si vous n'avez pas eu accès au numéro 0, visitez la page http://www.agp.org ou envoyez un message à playfair@asta.rwth-aachen.de
Les prochains numéros du bulletin seront bien différents du numéro 0: ils ne seront pas écrits par le Comité, mais par les mouvements et organisations du monde entier, et ils contiendront rarement des articles extensifs. Le Bulletin AMP se composera d'annonces brèves (max. 150 mots) envoyées par n'importe quelle organisation (ou personne) qui partage les objectifs de l'AMP et qui désire communiquer quelque chose sur ses activités. Chaque annonce sera accompagnée d'une adresse de contact pour ceux qui désirent plus d'informations, et un code indiquant les langues dans lesquelles il est possible de communiquer avec l'organisation ou la personne en question. Le bulletin contiendra également un agenda d'actions et d'événements à la fin. De temps en temps, il y aura aussi des articles publiés par le comité, en relation avec des projets de l'AMP, comme les actions contre la deuxième Conférence ministérielle de l'OMC. Le bulletin sortira une fois par mois (à partir de mars 1998), ceci au moins en espagnol, français et anglais, sur support électronique et papier.
Afin d'éviter un usage abusif du bulletin, le Comité de pilotage contrôlera son contenu avant sa parution. Le comité ne changera pas le contenu des annonces, mais pourra empêcher leur insertion dans le bulletin s'il considère que l'organisation qui l'a envoyée ne partage pas les valeurs reflétées dans le manifeste de l'AMP (p. ex. organisation de droite) ou que l'annonce n'est pas sérieuse. Afin d'assurer un temps suffisant pour ce contrôle, toutes les contributions pour le bulletin devront être envoyées avant la dernière semaine du mois, si possible en espagnol, français et anglais.
Chaque mois, une organisation différente fera le bulletin et la composition de la version papier. Cette organisation ne pourra pas changer les annonces ni rien inclure sans le consentement du comité; elle réunira simplement les annonces, inclura un index, actualisera l'agenda des actions et événements, et fera la mise en page papier du bulletin. Ce travail sera effectué de manière volontaire, ainsi faites nous savoir s'il vous plaît si vous pouvez vous occuper d'un numéro.
Le bulletin sera distribué par courrier électronique, et également par courrier normal (aux personnes et aux organisations sans accès à internet). Il y aura un réseau d'organisations et de personnes (idéalement au moins une dans chaque pays) qui copieront et enverront le bulletin localement. Elles recevront également la contribution d'inscription localement. Cette contribution devra couvrir seulement les coûts des copies et des envois du bulletin, qui seront minimum grâce à la distribution décentralisée.
A part le bulletin, il y aura une liste d'adresses électroniques pour les actions urgentes (contrôlé par le Comité de pilotage) pour agir face à des problèmes très urgents qui ne peuvent pas attendre la prochaine parution du bulletin.
La base de données contiendra des textes et des références bibliographiques sur le « libre » commerce et les mouvements populaire. La base de données (et de nombreux textes) seront accessibles à travers internet: http://www.agp.org. Chaque entrée de la base de données sera décrite par une série de mot clefs de recherche et un texte court. La liste des mots clefs indiquera différentes caractéristiques du texte, comme son contenu, les thèmes qu'il traite, la région à laquelle il se réfère, sur quel type de mouvement il porte, etc. Les personnes sans accès internet auront la liste de mots clefs de recherche de la base de données, ce qui leur permettra de demander à une autre organisation de rechercher l(information qu'ils cherchent
Cette page Web ne donnera pas seulement accès à l'information contenue dans la base de données; elle donnera aussi la possibilité d'ajouter d'autres informations (après contrôle et accord du Comité de pilotage). Cette base de données pourra contenir dans le futur des extraits de vidéos filmées par des organisations du monde entier, avec des adresses de contact pour recevoir le film vidéo en entier. Ces vidéos seront également accessibles partiellement par internet.
A part la base de données, nous travaillons sur la production d'un livre collectif de chapitres courts reflétant les expériences quotidiennes des personnes souffrant et luttant contre les effets du « libre commerce » imposé par des organisations comme l'OMC. Ce livre inclura des exemples concrets d'actions que tout le monde peut réaliser contre le libre commerce et les institutions qui en font la promotion, et donnera des descriptions simples et courtes des principaux acteurs du processus de globalisation. Ce livre sera édité par un groupe de volontaires et contrôlé par le Comité de pilotage.
Comme résultat des tables rondes, nous espérons éditer une série de brochures sur les effets du libre commerce dans différents secteurs (peuples indigènes, paysans, travailleurs, pêcheurs, etc.) et domaines (culture, relation de genre, démocratie, droits de l'homme, etc.). Ces matériaux devront être appropriés pour être utilisés par les masses militantes.